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La cité (latin civitas) est un terme désignant, lors de l’Antiquité avant même la création des États, un groupe d’hommes sédentarisés libres (et pouvant détenir des esclaves), constituant une société politique particulière, indépendante des autres comme toutes, ayant son gouvernement, ses lois, sa religion et ses propres mœurs. Par extension, ce terme est également appliqué à la désignation du lieu où ces hommes se sont réunis et ont fondé un habitat fixe, la ville, et où ils ont un culte. L'organisation est faite en segmentant les activités des individus pour aboutir aux échanges commerciaux entre regroupements humains, à l'administration du lieu et des activités, et à l'armée pour la protection des individus et des biens. Les hommes ont depuis l'Âge du cuivre (de -4000 à -2000 env. selon la région), où commence l'exploitation de mines et de la transformation en métal des premiers minerais utilisés (plomb, cuivre, or) par des fours et forges, une activité en groupe d'artisanat du métal pour outils, vases et armes, de la joaillerie, de la fabrication de tissus et d'objets en céramique. Ces activités impliquent l'échange avec monétarisation en plus de l'activité de culture et d'élevage sur des territoires environnant cette cité, c’est-à-dire des terres aménagées que les individus déclarent posséder dans cette cité par le droit qu'ils se sont donné vis à vis des nomades. Cette signification dérive de la tradition de la Grèce antique, où la ville est désignée par le mot grec polis (comme dans Persepolis). Les textes grecs antiques n’emploient jamais le terme d’Athènes ni de Sparte en politique : ils contiennent toujours une expression du type : « les Athéniens déclarèrent la guerre » ou « les Spartiates envahirent les terres des Athéniens », ou « la flotte des Athéniens ». Ces expressions dénotent l'absence d'unité politique de la Grèce antique, bien qu'il y eut une unité culturelle, fondée sur les écrits homériques.
À la période gallo-romaineDans le contexte gallo-romain, une cité correspond à plusieurs définitions :
Au Moyen ÂgeDans un contexte médiéval, la cité (civitas, rarement urbs) correspondait à une réalité distincte de l'environnement urbain. Elle était opposée au suburbium. Ce terme représente un regroupement d'hommes libres constituant une société politique indépendante, sans le servage. Le Droit de Cité reprend son sens antique de prérogatives. Le terme citoyen apparaît au XIIe siècle à partir du picard. En règle générale, aux environs du IVe siècle, les villes fondées dans l'antiquité en occident ont connu une rétractation de leur emprise spatiale à l'intérieur d'un quartier fortifié (le castrum), qui comprenait les centres politiques (forum, curie...) et religieux (cathédrale, résidence épiscopale), parfois le siège de l'autorité civile. Les villes ont vu leur superficie diminuer parfois de façon drastique : Senlis 7 ha, Tours 6 ha, Clermont 3 ha ; même si certaines villes ont conservé une emprise fortifiée démesurée en regard de leur population : Trèves 285 ha, Mayence 120 ha, Toulouse 90 ha, Metz 70 ha, Reims 35 ha, Bordeaux 30 ha... Un excellent exemple de la cité médiévale est fourni par la ville d'Angers, dont le rempart du Bas-Empire a été édifié à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle, cernant un secteur comprenant la cathédrale, la résidence de l'évêque, le forum antique (mentionné en fonctionnement par les Formules d'Angers du VIe siècle) et probablement un centre de pouvoir - le comte d'Angers y résidait déjà bien avant 851. La cité d'Angers a formé le noyau du développement urbain, autour duquel les faubourgs se sont développés. Le tout est resté une entité à part dans la ville (quartier canonial de Saint-Maurice au Moyen Âge), encore aujourd'hui. Dans la deuxième partie du Moyen Âge, pour des villes fortifiées on transformera des cités en citadelles (technique italienne). C'est la partie qui peut être inexpugnable de l'agglomération et faire sa réputation militaire. À la RenaissanceLe terme citadin désignant l'habitant de la cité est apparu au XIVe siècle à partir de l'italien. Au XVIe siècle cité prend pleinement le sens de personne morale, au sens pris actuellement par le terme Société dans 'Société des Nations ' [1]. Du mouvement européen d'imitation des formes prises dans l'Antiquité, il sera issu des appellations cité pour des regroupements littéraires et de beaux-arts, pour des Sociétés savantes, des Académies. [2]. Ceci constitue de fait dans la vie organisée en groupe un contrepoint séculier et noble à l'harmonie religieuse qui est du ressort unique du clergé. Cette notion de groupe d'hommes donnera son sens très particulier au terme de citoyen au moment de la Révolution. À la période où l'Occident découvre que ronde est la TerreDans cette période longue à partir du VIIe siècle la cité imprenable sera ce que l’on fabriquera en occident aussi bien à partir de l’expérience militaire offensive, celle acquise par exemple lors des heurts de la colonisation à partir du XVIe siècle(vers tous les points cardinaux attribués par le Saint Siège lors de l'accord pour départager les colonisateurs[1]) que sur l'expérience défensive acquise par exemple par des cité-états pratiquant des échanges commerciaux pacifiques (République de Venise). Les cités imprenables seront encore plus militairement spartiates par nécessité de résister à l'action de l'agresseur[3]. Dans le même temps dans cette période longue, la ville fortifiée, dont le nom commence ou se termine par bourg, à activité civile, est une ville de commerce et de production, avec son marché, ses murailles et ses franchises. Elle succèdera à la place forte constituée par l'ancienne cité qui devient vieillie face aux nouvelles techniques, mais ses habitants seront toujours des citadins distincts des villageois. Après le Siècle des LumièresLa notion de cité sera aussi bien celle d'habitat réel et de lieu d'échange d'idées ou de savoir que celui d'habitat-état rêvé dans la politique, réalisé dans l'aménagement du territoire, imaginé dans la fiction artistique. Il est devenu aussi une simple adresse postale, qui ne réfère plus qu'à un lieu. Cette forme dissociée des références aux cultes religieux voire aux mœurs, est grandement issue du travail des philosophes aboutissant ensuite à la laïcisation de la société. L'émergence des Nations a constitué la forme nouvelle de regroupement humain dans une politique moderne majeure plus ou moins démocratiquement voulue (par exemple sous l'Ancien Régime en France), se distinguant des regroupements communautaires[4]. On trouve derrière la notion de cité, une idée d'homogénéité des éléments présents (cité universitaire, cité ouvrière...) héritée de la conception utopique de la cité harmonieuse où le système ressemble à la communauté (proximité des statuts des individus, solidarité mécanique). - Au XIXe siècleSi l'usine va pouvoir se confondre avec habitat ouvrier sur le modèle de l'entreprise Menier, cité idéale dans les faits [5], le terme nouveau cité ouvrière désigne un lieu à caractéristiques économiques et sociales nouvelles de la société industrielle (lorsque le lieu ne prend pas une forme dégradante de parcage de la main d'œuvre sans hygiène, sans asile-crèche pour les enfants en bas âge : on le désigne à l'époque dans ce cas de casernement ouvrier). Des agglomérations opportunes sont fabriquées, administrativement elles sont une Commune avec un maire, souvent le patron d'usine. Ces créations sont l'effet des besoins techniques, des besoins de ressources ou bien de l'avantage financier de délocaliser sa manufacture pour éviter l'inconvénient de la compagnie de travailleurs revendicatifs, salariés ou travaillant à façon [6]. La désignation utilisée pour la localité est opposable à village, terme issu du bas-latin 'villa' signifiant ferme agricole. cité peut être aussi le label représentatif de la puissance industrielle pour une usine qui ne comporte pas du tout en fait de zone d'habitat sur son emprise[7]. L'intérêt pour la communauté scientifique de l'époque moderne de connaître les origines de l'homme et son histoire va conduire à reconstituer par l'archéologie des cités lacustres de la période néolithique[8]. Au milieu du XIXe siècle la puissance publique organisatrice de l'espace d'Ordre et de Justice va organiser la mise à l'écart par leur exil de personnes privées de liberté pour cause politique en Nouvelle-Calédonie mais aussi jusqu'à la limite de la mort par la "guillotine sèche" des travaux forcés en Guyane. On les y relègue après avoir perdu tout droit de citoyen dans une cité pénitentiaire hors de métropole au Maroni [9]. Ce nouveau terme négatif de cité, en dénégation du sens de sa racine étymologique, n’est que la continuation-constatation de ce qui a été fait depuis les XVII-XVIIIe siècles en Louisiane concernant la liberté - désordre suivie de déportation. Un aménagement du territoire des loisirs[10] débute avec les cités balnéaires issues du modèle anglais[11]. Les constructions hôtelières sont nouvelles[12], elles jouxtent le pavillonnaire et l'habitat est totalement séparé des lieux affectés à l'activité de production[13]. - Au XXe siècleLa notion de cité recouvre autant le lieu que ce qui s'y passe. Il s'agit de zones situées dans la ville pour la plupart. Il s'agit aussi de bâtiments qui sont désignés. Première moitié du XXe siècle :
Deuxième moitié du XXe siècle
Au dernier quart du XXe siècle, on confondra sémantiquement village (notion de quartier à l'intérieur de la grande ville prenant le sens de petite ville distincte et autonome) et cité [20]. Aujourd'huiSi cité peut au XXIe siècle désigner le quartier de la ville le plus ancien (à Paris, Londres, Carcassonne...) ou se voir porté par le plus récent (à Lyon : la Cité internationale ) [2], ce terme désigne fréquemment une zone urbaine ou un grand ensemble créé dans les années 60 dans le cadre des ZUP afin de répondre à la crise du logement, dans la périphérie des grandes villes, et ce dans une architecture issue d'un processus industriel. Les différentes politiques d'urbanisme défaillantes [21] et l'accumulation de personnes à revenu modeste dans ces zones (due au départ des classes moyennes dans les années 70), ont généré des zones où la pauvreté et le chômage sont endémiques. La zone habitat est séparée de la zone industrielle et de la zone de secteur tertiaire de bureaux. Sur ces zones urbaines l'absence de transports en commun efficaces et d'opportunités réelles d’emploi sur place sont un terreau propice à la ghettoïsation et au commerce illégal en économie parallèle[6]. Le terme de "téci" (ou "ticé" ou encore "téc'") venu du "verlan" est le plus souvent utilisé par les jeunes habitants de ces zones urbaines en France, stigmatisées par les médias comme terrain propice à l'économie souterraine venant en compensation d'un emploi réel ou par défaut d'une quelconque perspective d'avenir pour les gens habitant ces cités[20]. Le terme "cité" s'oppose à celui de "ville" dans sa sémiologie et a une connotation souvent négative dans le langage courant. Cependant, au Royaume-Uni, la City est une désignation de grandes villes denses, dynamiques, prestigieuses et historiques, comme Manchester ou Londres. Selon son contexte d'utilisation, le terme n'a pas forcément perdu de son prestige antique. PhilosophieLa Cité n'est pas uniquement un mot, une idée socio-économique liée à la ville antique ou médiévale. Elle est un concept philosophique lié à l' État, lié au Pouvoir de l'homme sur le monde présent par Nature : De la 'Cité Impériale', 'Cité interdite' antique à la 'Cité Administrative' moderne , de la médiévale 'Île de la Cité' à l'actuelle 'Cité du Vatican'[1] qui formule ses directives Urbi et Orbi. Déjà, sous la Grèce Antique, la Cité est plus que le simple regroupement d'hommes libres en un terrain déterminé. Les philosophes cherchent la Cité Idéale. Platon écrit alors La République, où il expose son idée de la cité parfaite, de la société parfaite, divisée en castes : celle des esclaves, entre autres, et celle des philosophes; ces derniers dirigeant la Cité avec sagesse… Déjà, la Cité est le terrain de recherche de la société parfaite, et on observe déjà un glissement sémantique qui valorise la toute puissance de la ville. Sparte, Athènes, Corinthe, Mycènes, Thèbes, Delphes… la Cité est une Cité-État, avec sa capitale. La Cité de Sparte est restée pour sa discipline, Athènes sa philosophie et sa démocratie, Delphes pour son temple et son oracle. La guerre de Troie, les récits de l'Iliade et de l'Odyssée mettent également en avant les valeurs patriotiques : Ulysse loin de son île est bien malheureux, et Sparte est réputée pour le patriotisme de ses citoyens. Viendra alors Rome, où la conception étatique de la Cité arrive à maturité. Surtout, sous la Res Publica Romana et sous l'Imperium Romanum, les citoyens hors de Rome, acquièrent la citoyenneté romaine. Les citoyens n'appartiennent plus seulement à la civitas, mais aux zones conquises : n'est-ce pas là le premier État d'intégration? Même Trajan, né en Ibérie, sera sacré Empereur! Au Moyen-Âge, la Cité prend une connotation plus religieuse, avec la Cité de Dieu. Elle n'est pas qu'une association d'hommes libres : la Cité, dans son sens théorique, tire son Essence dans Dieu. Progressivement, vers la renaissance, l'idéal contractualiste va venir s'opposer aux conceptions théologiques (Bossuet) de la Cité, de l'État (Locke, Hobbes, ...) La Fronde appelle à un État fort pour lutter contre une dévastation « anarchique » de la Cité, accompagnée par les évènements Anglais. Pour parler des villes sous les Lumières, on évoque les bourgs, les villes, mais plus rarement le mot "cité". On constate alors un glissement de la configuration sémantique, lié sans aucun doute à la revalorisation philosophique des cités antiques.[réf. souhaitée] Les philosophes sont alors en majorité des cosmopolites passionnés de progrès. La volonté positiviste des Lumières devient de laïciser les valeurs. On cherche à trouver le bonheur sur Terre et non plus seulement après la mort. Manque alors la conscience morale (égale à règles de conduite), dictée auparavant par Dieu en totale confiance (foi), qui n'existe plus maintenant dans ce système dicté par les hommes et leur besoin d'Ordre pensé, conception de règles dont ils retrouvent trace avec forte nostalgie dans les cités antiques gardées par des lois et des codes de valeurs morales. Montesquieu regarda ainsi la grande Rome, et chercha dans De l'Esprit des lois à comprendre les liens entre les institutions et la société.[réf. souhaitée] Le XVIIIe siècle est le terrain philosophique de recherche de la Cité Idéale, qui perdure jusqu'à nos jours comme organisation naturellement harmonieuse : le libéralisme philosophique de Tocqueville (De la démocratie en Amérique (1835-1840) ); une forme de « nationalisme » par Rousseau; le marxisme duquel naîtra la première idéologie matérialiste de l'histoire excluant Dieu scientifiquement et surtout égalitariste hors de Dieu (idéologie jamais pleinement appliquée) ; le radicalisme philosophique d'Alain. Toutes ces doctrines furent inspirées après ou pendant l'écriture de nombreuses utopies, telle celle de Thomas More (XVe siècle), fabriquant des cités idéales, souvent étranges, n'acceptant aucun progrès et accordant assez peu de libertés aux citoyens (qui n'y sont pas que des citadins) : ces utopies sont conformes à l'esprit de non réformabilité du modèle parfait initial qui a été parfaitement posé pour son avenir-devenir (Logos, raison "divine"), une conception de l'univers que les philosophes chrétiens trouvent prétentieuse. Ainsi de la Cité éternelle que fut Rome, des grandes Sparte et Athènes, pensées, et repensées par les philosophes naquirent les doctrines philosophiques et/ou politiques (marxisme, fascisme, etc.). L'objectif est de trouver un modèle politique et social idéal. La cité -et par extension l'État - espace peuplé, voire surpeuplé d'hommes, est le lieu privilégié, la pâte à penser des philosophes en termes de réflexion politique. Voir aussi
Recherches-actions autour de « la cité d'aujourd'hui »
Notes et références
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