Coran

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Le Coran (arabe : القرآن ; al qur'ān, lecture) est le livre le plus sacré de la religion musulmane. C'est aussi le premier livre à avoir été écrit en arabe, langue qu'il a contribué à fixer.

le coran regroupe les paroles qui ont été récitées par le prophète Mahomet (محمد, Muhammad) à son auditoire, afin d'être utilisées lors des prières musulmanes (en arabe « salat ») et transmises par révélation, initialement par l'archange Gabriel. Cette « révélation » s'étend sur une période de vingt-trois ans. le coran est parfois appelé simplement kitâb (livre) ou dhikr (rappel). Il constitue la part la plus connue de la révélation au prophète, l'autre part étant constituée des hadiths dits "prophétiques". Les musulmans le considèrent comme une manifestation d'un attribut divin, le Kalam, qui représente la capacité de Allah à transmettre aux prophètes certaines informations relatives au bien et au mal, à la vie et à la mort, au Paradis et à l'Enfer, ainsi qu'au des lois fixants les limites entre le licite et l'illicite. En ce sens, il est l'expression incréée de cet attribut de Dieu (Allah) adressée à l'intention de toute l'humanité : l'islam a ainsi une vocation universelle.

Sommaire

Description

le coran est divisé en chapitres appelés sourates, au nombre de 114 et débutant par la première sourate appelée Al Fatiha (parfois traduite par « la liminaire » ou « le prologue » ou encore « l'ouverture »). Ces sourates sont elles-mêmes composées de versets nommés âyât (pluriel de l'arabe âyah, « preuve », « signe », et que l'on retrouve dans le mot Ayatollah). Les versets sont au nombre canonique de 6 219[1]. Il existe des variantes (6 211 ou 6 218) dans les éditions européennes, consécutives à l’édition numérotée du Coran par Gustave Flügel de 1834.

Ordre des textes du Coran

page du Coran venant d'Andalousie

La tradition rapporte que, du temps de Mahomet, les ayats étaient écrits sur plusieurs supports de fortune, tels que des feuilles de palmier, des os plats (omoplates de chameau), des peaux ou des pierres, et étaient appris par cœur par les croyants, en entier ou en partie. La mort de plusieurs de ces « mémoires vivantes » a amené par prudence à la compilation des sourates regroupant les révélations reçues par le prophète après le décès de celui-ci.

Dans la période qui suivit la mort de Mahomet, des divergences seraient apparues au sein de la communauté sur l'ordre chronologique des sourates. Selon l'ordre choisi, l'interprétation de certains passages pouvait varier et pour trancher, une large partie des autorités opta pour un ordre théoriquement neutre : l'ordre décroissant de longueur. Une exception fut faite pour la première sourate, fort courte, qui sert d'introduction.

Ce classement a ses partisans qui y voient l'affirmation de l'unité profonde du Coran dont aucune partie ne peut être envisagée indépendamment du tout. Il a aussi ses détracteurs, moins nombreux, qui dénoncent une altération grave à la chronologie de la Révélation voulue par Dieu lui-même.

Diverses tentatives plus ou moins concordantes ont été faites pour reconstituer l'ordre chronologique, y compris par des orientalistes européens, tels que Blachère. Cet agencement ferait apparaître des correspondances éclairantes avec les événements de la vie du prophète tels qu'ils sont rapportés par la Sunna. Des interprétations nouvelles de certains passages peu clairs ont ainsi pu être avancées.

Séparation chronologique

On sépare traditionnellement le coran en deux parties qui se démarquent par des différences de style et de thèmes abordés :

  • Les sourates de La Mecque, antérieures à l'Hégire, généralement ce sont des sourates plus courtes, d’orientation liturgique ;
  • et les sourates de Médine, postérieures à l'Hégire, plus longues et d’orientation plus politique et juridictionnelle.

Sourates mecquoises

Les sourates de la première période, mecquoises, affirment principalement l'idée de monothéisme et définissent ce qu'est Dieu pour le musulman. On y trouve entre autres, l'idée de la résurrection des morts au jour du jugement dernier, l'unicité de Dieu, etc.

Les orientalistes allemands G. Weill et Nöldeke ont établi trois divisions dans les sourates révélées à La Mecque :

  • Dans le premier des groupes, Dieu invite les hommes à ne pas douter et à suivre ses prescriptions afin de ne pas attirer sa colère. Le Créateur parle de la création ;
  • Les sourates du deuxième groupe décrivent les devoirs de tout croyant : la profession de foi (Shahada), les prières (salat), le jeûne (ramadan), le pèlerinage (Hajj), l'aumône (Zakat) qui sont les cinq piliers de l'islam. Ces sourates invitent l'homme à se perfectionner à travers le dévouement au Créateur ;
  • Dans la troisième partie, se trouvent les récits des Prophètes de l'islam, une description du châtiment qu'ont subi les peuples qui ont refusé de croire aux messages des prophètes.

Sourates médinoises

Les sourates médinoises sont plus « prescriptives ». Elles posent les bases fondamentales d'une société nouvelle, dans laquelle le respect est dû au prophète et à sa famille, où les louanges vont à ceux qui meurent dans la voie de Dieu, et où l'on fustige les hypocrites. Près de 500 versets regroupent les réglementations religieuses, civiles et pénales et serviront de base au droit musulman. D'autres sourates médinoises définissent également les devoirs et les croyances du musulman.

Divisions en vue d'une récitation

Icône de détail Article détaillé : Sourate.
Manzil Juz' Début Manzil Juz' Début
Sourate verset Sourate verset
1 1 I 1 4 15 XVII 1
2 II 142 16 XVIII 75
3 II 253 17 XXI 1
4 III 92 18 XXIII 1
5 IV 24 19 XXV 21
6 IV 148 5 XXVII 26
2 V 1 20 XXVII 60
7 V 83 21 XXIX 45
8 VI 111 22 XXXIII 31
9 VII 88 6 XXXV 1
10 VIII 41 23 XXXVI 22
11 IX 94 24 XXXIX 32
3 11 X 1 25 XLI 47
12 XI 6 26 XLVI 2
13 XII 53 7 L 1
14 XV 2 27 LI 31
28 LVIII 1
29 LXVII 1
30 LXXVIII 2
  • En vue de sa récitation, le coran fut divisé postérieurement en sept parties manzil (مَنْزِل [manzil], pl. مَنازِل [manāzil]) ce qui permet de le réciter en entier au cours d'une semaine, il est aussi divisé en trente parties juz (جُزْء [juz'], pl. أَجزاء [ajzā']) pour sa récitation en un mois. Un signe particulier marque le début de ces divisions ۞
  • Chaque juz est divisé en deux sections ou hizb (حِزْب [ḥizb], pl. أَحْزاب [aḥzāb])
  • Chaque hizb est divisé à son tour en quatre quarts (رُبْع [rub`], pl. أَرْباع [arbā`]).

La transcription du Coran

Premier Sourate du Coran, nommée traditionnellement la Fatiha (ouverture).

Selon la tradition musulmane, le coran a été révélé au prophète Mahomet par l'intermédiaire de l'archange Gabriel (arabe : جبريل [jibrīl]). Pour les musulmans, le coran est un livre saint qui n'a pas subi d'altération après sa révélation, car Dieu a promis que ce livre durerait jusqu'à la fin des temps. En fait, la conservation et la transmission du texte tel qu'on le connaît aujourd'hui ont fait l'objet de l'attention des premiers califes.

La révélation

Selon la tradition musulmane, la révélation aurait commencé dans la grotte de Hira où Mahomet avait pour coutume de se retirer, vraisemblablement dans un but de méditation. L'ange Jibrïl serait apparu, et lui aurait communiqué les premiers versets du Coran : « Lis ! (ou récite !) Au nom de ton Seigneur » (sourate 96, verset 1). Le mot rendu par lire est iqra'. Dérivé du mot qara'a qui signifie le fait de rassembler ce qui est dispersé ou épars... Le mot Coran, Qur'an en arabe est également un dérivé de ce même mot arabe. Couramment, en arabe on rend le mot iqra' par la lecture comme par la récitation... La réponse de Mahomet aurait été par trois fois « Je ne sais pas lire », car Mahomet était illettré, comme la quasi totalité des arabes et comme la majorité des hommes de son temps.

Il semble qu'au tout début de la révélation, le coran ait été d'abord mémorisé. La tradition parle même de certains compagnons du Prophète venant l'interroger sur la manière de réciter tel ou tel chapitre[2]. Par la suite, Mahomet aurait dicté les sourates, après chaque révélation, à plusieurs scribes qui les auraient transcrits sur des supports divers (morceaux de cuirs, tessons de poterie, nervures de palmes, omoplates..), fragments qui se seraient alors dispersés auprès de différents compagnons (rapporté par Al-Bukhari).

D'après Jalâl Ad-Dîn As-Suyûtî[3], Mahomet dictait à ses scribes non seulement le texte révélé mais aussi la sourate où il fallait l'insérer. La classification des versets les uns par rapport aux autres ne se faisait pas selon l'ordre chronologique de leur révélation, mais suivant un ordre psalmodique, qui aurait suivi les indications de Mahomet.

Dès lors, et durant 23 ans[4], la révélation aurait continué, au fil des années et des événements, en une diversité d'endroits. Le dernier verset révélé est "اليوم اكملت لكم دينك" - "Aujourd'hui j'ai parachevé votre religion". Ce verset est révélé lors du sermon d'adieu du Prophète en 632. Celui-ci a vécu 82 jours après ce dernier verset... La tradition rapporte que, la dernière année de sa vie, le prophète aurait récité deux fois le coran dans son intégralité au cours du mois de ramadan, une pratique suivie par les musulmans pratiquants jusqu'à aujourd'hui.

Si selon la tradition, Mahomet avait indiqué, au sein de l'ensemble du texte coranique déjà révélé, la place où devait être insérée chaque nouvelle révélation, s'il avait encouragé ses Compagnons à mémoriser le texte coranique (certains le connaissaient intégralement[5]) et s'il avait veillé à ce que chaque fragment révélé soit également couché sur un support matériel, il n'aurait pourtant pas fait préparer une copie rassemblant tout le texte coranique. D'après la tradition, cela s'expliquerait par le fait que la révélation se serait poursuivie jusqu'à la fin de la vie du Prophète et que jusqu'au dernier moment de nouveaux versets auraient pu être révélés. Ceux-ci auraient donc du être insérés au milieu du texte coranique déjà présent. Il faut noter toutefois que le dernier verset dans l'ordre chronologique annonce la fin de la révélation (5:3): la religion de l'Islam est alors déclarée « parachevée » -voir supra.

Compilation du texte coranique sous Abû Bakr, le premier calife

Une première compilation du texte coranique se fait dans les deux ans qui suivent la mort de Mahomet, sous le premier calife Abû Bakr (632 - 634). Celui-ci, conseillé par `Umar qu'effraie la mort (pour cause de batailles) de nombreux compagnons connaissant par cœur l'intégralité du texte, charge Zayd ibn Thâbit (qui avait été scribe de Mahomet) de rassembler les divers supports écrits et de préparer une copie du texte coranique intégral. Afin d'éviter toute erreur, ces supports n'étaient acceptés que s'ils étaient écrits en présence de Mahomet, et que chaque support soit contrôlé par deux témoins de confiance ayant entendu Mahomet réciter le passage en question.

Le texte est alors rédigé sur des feuillets (sahifa). Une fois complétés et vérifiés par les compagnon de Mahomet, ces feuillets sont confiés à la garde d'Abû Bakr. Après la mort de ce dernier, le deuxième calife, Umar (634 - 644) les reçoit. Après sa mort, ils sont confiés à sa fille Hafsa, veuve du Prophète. (Tous ces éléments sont rapportés par Al-Bukhârî, n° 4 701. Voir également Fath ul-bârî tome 9 pp. 19 - 20, et Al-Itqân, pp. 184 - 185).

D'autres compilations ont été faites, notamment le corpus d'ibn Mas'ûd qui perdura trois siècles.[6] Elles différaient en certains points du texte, ainsi que sur le nombre et l'ordre des sourates.

Certaines formes de récitations marginales ont été transmises selon la procédure de la transmission du hadith, qui sont cités chez les exégètes anciens, tels qu'ibn Kathir, Qurtubî, et les autres... Cependant le sens n'est jamais éloigné au point de transfigurer le sens des versets. Tous les écrits anciens retrouvés à ce jour correspondent au Coran sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui partout dans le monde, comme le souligne M. Hamidullah qui a fait des recherches considérables sur les manuscrits musulmans anciens ; ainsi il écrivait :


« "A travers la guerre, l'incendie, l'inondaion et d'autres malheurs les copies ou les framents de la première époque sont venus jusqu'à nous. A Tachkent tout comme à Istanbul, il y a des copies du Coran attribuées au calife Othmân : à Istanbul, une feuille attribuée au calife Omar ; à la bibliothèque nationale de Paris, des fragments que les experts modernes datent du 2e et du 3e siècles de l'hégire. Il y a des copies très anciennes au Caire, à San'a, en Iran, en Afghanistan, etc. On les a comparées, et il est émouvant de constater que du Maroc à la Malaisie, de Tachkent à Ceylan, des millions d'exemplaires manuscrits ou imprimés existent qui n'offrent d'autres variantes que des fautes de copistes."[7]  »

Universalisation des copies sous `Uthmân, troisième calife

Selon la tradition musulmane, un compagnon Hudhayfah ibn Al-Yaman remarqua, sous le califat de `Uthman, troisième calife (644 - 656), que les peuples des régions, actuellement, de Syrie et d'Irak se disputaient sur les différentes prononciations de certains mots du Coran, tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d'Arabie ne savaient pas bien prononcer les mots du Coran. Le calife `Uthman percevant les risques de division, décide alors d'officialiser un type unique de prononciation de l'arabe du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport aux autres.

Ainsi il demande à Hafsa de lui faire parvenir son manuscrit du Coran. Il fait préparer alors plusieurs copies (mus'haf) en utilisant la prononciation du prophète. Cette tâche fut confiée à Zaid ibn Thabit, Abdullah ibn Az-Zubair, Sa‘id ibn As-‘As, et Abdur Rahman ibn Harith ibn Hisham.

Une fois la tâche achevée en 647, `Uthman renvoie le manuscrit original à Hafsa et fait parvenir les copies aux différents points importants du territoire musulman. Tous ces éléments sont rapportés par Al-Bukhârî, no 4 702. Pourtant, des études récentes ont démontré aujourd'hui que les sourates du Coran ont été classées durant la vie de Mahomet.[réf. nécessaire]

Les copies du Coran écrites de nos jours suivraient toujours mot pour mot et lettre pour lettre cette prononciation. L'écriture (la police) utilisée est une écriture nommée « ar-rasm al-uthmanî ». Quelques-unes de ces copies anciennes existeraient encore aujourd'hui, l'une se trouverait à Istanbul (Turquie), l'autre à Tachkent (Ouzbékistan).

Après avoir envoyé ces copies dans chaque région, `Uthman ordonna la destruction de toutes les copies précédentes, dont les manuscrits incomplets ainsi que ceux contenant des annotations personnelles. Parmi ces copies, il y avait celle d'Ali, gendre de Mahomet, celle d'Ubai b. Ka'b ainsi que celle d'Ibn Mas`ud qui furent toutes détruites.

Un manuscrit du Coran figure à la bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand. Il s'agit de quelques feuillets de l'un des plus vieux Coran connu au monde : sa datation par les chercheurs le font remonter à l'année 50 ou 60 de l'Hégire (étude paléographique et mesure du Carbone 14). Uthman ben Affan est décédé en 656, soit 34 ans après l'hégire.

Notice de la Bnf concernant cet écrit :

« Milieu du VIIe siècle Encre sur parchemin, 29,1 x 24,5 cm BNF, Manuscrits orientaux, arabe 328, f. 10 à 14 Copiées sur parchemin dans un format vertical, ces pages de Coran appartiennent à un ensemble d'une soixantaine de feuillets considéré comme le plus ancien exemplaire actuellement conservé. En l'absence de manuscrits datés avant le IXe siècle, c'est sur la base de critères paléographiques et orthographiques que l'on fait remonter ces fragments à la seconde moitié du Ier siècle de l'hégire (VIIe siècle). Ils sont écrits dans un style nommé au siècle dernier hijâzî en référence à Ibn al-Nadîm, célèbre auteur arabe du Xe siècle, qui décrivait dans son Fihrist (Catalogue) les premières écritures employées à La Mecque et Médine, villes du Hedjaz. »

le coran, un texte sacré

Selon la religion musulmane, le coran, parole de Dieu, est, par dogme, incréé, éternel et inimitable. Il est au cœur de la pratique religieuse de chaque croyant.

le coran est incréé

Selon le coran, l'ange Gabriel (Jibraïl) aurait eu pour mission de faire descendre le contenu du Coran céleste et de le transmettre à Mahomet.


« Ceci est, au contraire, un Coran glorieux écrit sur une table gardée ! »
    — le coran (LXXXV ; 21-22)

« le coran est la parole de Dieu révélée à Son prophète et transcrite sur les pages du Livre. »
    — Ibn Khaldoun, Le livre des exemples. Muqaddima VI, X

C'est la tradition sunnite exprimée par Ibn Khaldoun. Elle laisse entendre qu'il y a un original dont le coran matériel est la transcription partielle, le livre mère, Oum El Kittab, évoquée dans le coran.

Du point de vue ésotérique, le coran matériel ne serait que la représentation physique, une sorte de réplique, d'un Coran supérieur, occulté aux yeux du profane, un Coran enregistré sur une Table gardée (اللَوْح المَحْفوظ [al-lawḥ al-maḥfūẓ], « la tablette préservée ») (le coran LXXXV; 21-22), un livre caché (كِتَاب مَّكْنُون [kitāb mmaknūn], « livre caché ») (le coran LVI ; 78) et que le coran décrit comme « la Mère du Livre » (« mère » doit être pris dans le sens « qui contient », tournure souvent rencontré en arabe)(أَمّ الكِتَاب‏ [umm al-kitāb], « mère du livre ») (le coran III ; 7).


« Ha, Mim.
Par le Livre clair !
Oui, nous en avons fait un Coran arabe !
– Peut-être comprendrez-vous –
Il existe auprès de nous, sublime et sage, dans la Mère du Livre. »
    — le coran (XLIII ; 1-4)

Une querelle théologique a éclaté au IXe siècle entre le mouvement motazilite qui était un ardent défenseur de l'unicité divine et qui donc prêchait le dogme de la création du Coran (Coran créé) pour éviter que ne soit associé quoi que ce soit à Allah aussi connu sous le nom de Ahl al 'aql (les gens de la raison) et le mouvement des ahl al naql (les gens de la transmission), qui prêchaient que le coran est la parole de Dieu (Coran incréé). Le premier courant fut instrumentalisé sous le califat de al Ma'mun contre le second ce qui conduisit notamment à l'emprisonnement de Ahmed ben Hanbal et le second mouvement prit sa revanche sous le califat de son successeur Jafar al-Mutawakkil qui persécuta les partisans du premier mouvement. Ils disparurent peu de temps après.

Le dogme de l’inimitabilité du Coran

Dans la religion musulmane, le coran est vu comme parfait (car œuvre divine), et donc absolument inimitable. C'est le dogme de l'inimitabilité du Coran.

Déjà du vivant de Mahomet, Musaylima déclarait recevoir des révélations et rédigeait notamment une "sourate" imitant maladroitement la Sourate "L'éléphant". Il récitait : "Ou l'éléphant. Quel éléphant. Qui te dira quel est l'éléphant ? Il a une longue trompe." ibn Kathîr cite cela dans son exégèse du Coran. La sourate l'éléphant approximativement rendu en français est la suivante : « 1. N’es-tu pas témoin de ce que Ton Seigneur a fait des gens avec l’éléphant ? 2. N’a-t-il pas déjoué leur stratagème ? 3.Et envoyé vers eux les oiseaux nommés Abâbîl. 4. Qui leurs lançaient des pierres en argile. 5. Et Il en a fait comme un champ ravagé. ».

Il semble que cette idée ait été développée à partir du 2e siècle de l'histoire de l'islam[8]. Ce dogme concerne autant le contenu que la forme. Et c'est le coran lui-même qui l'énonce dans plusieurs versets, parmi lesquels le suivant :

« dis : "Si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien qui lui ressemble, même s'ils s'aidaient mutuellement." »
le coran (XVII ; 88)

En d'autres versets (par exemple, II:23, X:38, XI:13), le défi est également lancé, en plusieurs fois, aux plus éloquents des Arabes de forger quelque chose de semblable au Coran. Pourtant, vers 786, sous le règne du Calife abbasside al-Hâdî, quelques lettrés auraient tenté de relever ce défi. Au bout d'un an, ils n'auraient pas pu produire l'équivalent d'une sourate. C'est ce que prédisait les versets suivants :

« Si vous êtes dans le doute au sujet de ce que nous avons révélé à notre serviteur, apportez-nous une sourate semblable à ceci ; appelez vos témoins autres que Dieu, si vous êtes véridiques.
« Si vous ne le faites pas — et vous ne le ferez pas — Craignez le feu. »
le coran (II ; 23-24)

Le caractère inimitable du Coran va permettre de fixer la langue arabe, et de développer toute une science du discours et de la rhétorique, surtout avec un certain al-jorjani vers le XI (cf. dala'il al-i'jaz ou les preuves de l'inimitabilité) ; mais il va aussi contribuer à retarder la traduction du Coran dans d'autres langues.

le coran dans la pratique religieuse

Cité et récité dans de nombreux événements et circonstances de la vie (prières quotidiennes, Ramadan, fêtes familiales...), le coran occupe une place importante dans la vie de tout croyant. Dans les mosquées, il n'est pas récité mais psalmodié. En effet, citant le coran, l'imam pense citer une parole venue de Dieu : il n'est alors plus acteur utilisant sa voix mais instrument de la parole divine. Tel qu'interprété par les oulémas, ou « docteurs de la foi », ce texte est aussi à l'origine du droit musulman. L'exégèse du Coran et les conflits d'interprétations entre les divers courants de l'Islam sont ainsi à la base des plusieurs types de compréhension possibles de notions telles que la charia (loi de l'islam) ou encore le djihad (on distingue ainsi le « djihad majeur », effort de conversion tourné contre soi-même, du « djihad mineur », effort de conversion tourné contre les autres).

le coran et les Infidèles

Mahomet proscrit en son temps toute idolâtrie de La Mecque[9]. Cela est le résultat d'un état de fait avéré : à Mahomet l'apôtre, le politique et le législateur a succédé, par la force des choses, le guerrier[9].

Le jihâd (littéralement « effort ») de l'âme, effort du croyant pour lutter contre les vices du caractère, se double désormais d'un jihâd du corps, le combat pour Allah, véritable combat pour la supériorité de l'Islam[9].

En effet, le jihâd (lutte contre les infidèles : les non-musulmans, et en particulier les peuples polythéistes) s'appuie sur des versets du Coran.

Cependant, comme le professeur M. Hamidullah le décrit dans son livre intitulé 'Le prophète d'Islam, sa vie, son œuvre', toutes les batailles livrées par Mahomet étaient défensives. Les raisons de chaque bataille livrée, sont systématiquement explicitées dans tous les ouvrages biographiques traitant de Mahomet (ibn Ishaaq, ibn Hisham, etc.). Cette conception-là du jihâd a également été le cas avec ses premiers successeurs directs abu Baqr et Umar. Le professeur Hamidullah précise que comme pour les Juifs et les chrétiens, les zoroastriens et les hindouistes bénéficièrent d'un statut particulier leur permettant de pratiquer leurs cultes religieux. L'interprétation des versets du Coran touchant le Jihâd est sujette pour cette raison à controverse.

Traductions et impressions du Coran

première page du Alcoranus Arabice longtemps introuvable, Venise, 1537

Traduction du Coran

Coran en script Mohaqqaq traduit en Persan, XIIIe siècle, Musée national d'Iran.

le coran a originellement été écrit en arabe, langue utilisée dans la péninsule arabique au temps de Mahomet. Pour autant, des mots d'origine non arabe y figurent, de même qu'une arabisation de certains termes, désignant notamment des produits d'importation inconnus du monde arabe.

Le dogme du caractère inimitable du Coran, transcription écrite de la parole divine, aurait longtemps servi à s'opposer aux traductions. Ainsi, certains courants conservateurs de l'islam prétendent que le coran ne peut exister qu'en arabe et qu'il ne peut pas et ne devrait pas être traduit. Cette affirmation a souvent été ressentie comme une volonté d'arabisation, plus que d'islamisation, dans les populations non arabophones. Quoi qu'il en soit, la traduction et la traductibilité du Coran demeurent des enjeux à la fois linguistiques et politiques (arabisation, etc.). L'islam accorde ainsi une importance décisive à la langue (en l'occurrence, l'arabe), comme on le voit par exemple dans la tradition soufie (bien qu'elle soit critiquée par certains courants sunnites, notamment par les salafistes).

Bien que la traduction du Coran pose problème, comme toute traduction, pouvant même être rejetée par certains courants conservateurs, « littéralistes », le coran a très tôt été traduit, au moins partiellement. Ainsi, la première sourate, la Fatiha est traduite du vivant du prophète par Salman le Persan afin d'être récitée lors de la prière par les Perses[réf. nécessaire], en accord avec un hadith qui affirme qu'une prière est invalide sans la récitation de cette sourate (à laquelle est ajouté Amin Amen en fin de récitation). Une traduction complète en persan est établie en 956, tandis que Ja`far ibn Abî Talib, frère d'`Alî, a traduit quelques versets parlant de Jésus et de Marie en langue guèze (éthiopien classique), lorsqu'il était ambassadeur au nom du prophète auprès du souverain chrétien d'Éthiopie, le Négus. Enfin, l'abbé de Cluny Pierre le Vénérable le fait traduire en latin en 1141, lors d'un séjour à Tolède. Célèbre polémiste, Pierre le Vénérable rédigea ensuite des traités réfutant les doctrines israélites et musulmanes. Avec l'aide des travaux de Robertus Retenensis, cette traduction se termine en 1143 mais n'est publiée qu'en 1543, lorsque l'intérêt pour l'islam se développe par l'avancée des Turcs en Europe. Le délai avant publication s'explique par l'inexistence de l'imprimerie (dont les caractères mobiles ont été inventés par Gutenberg en 1450), mais aussi par le peu d'intérêt des clercs (lettrés), leurs travaux se cantonnant soit à l'apologie élogieuse soit aux ouvrages polémiques[10].

Outre ces premières traductions, on recense des traductions complètes ou non dans plus d'une centaine de langues, dont, par exemple, et pour citer les moins évidentes : le breton, l'esperanto, le volapuk, l'hébreu...

Enfin, d'un point de vue purement rationnel, la traduction d'un texte sacré majeur étant dans tous les cas le lieu d'une marge volontaire ou involontaire d'interprétation, il est important de tenir compte de cette marge de variation, qu'elle soit petite ou grande...


Latin

  • Première traduction par Pierre le Vénérable (1141-1143)
  • (Coran ?), 1453, Robertus Retenensis (Roberto Ketenese), Bâle
  • Machumetis Saracenorum Principis, eiusque successorum vitae, ac doctrina, ipseqve Alcoran : quo uelut authentico legum diuinarum codice Agareni & Turcae, alijq[ue] Christo aduersantes populi regu[n]tur, quae ante annos CCCC ... D. Petrus Abbas Cluniacensis per uiros eruditos ... ex Arabica lingua in Latinam transferri curauit : his adiunctae sunt confutationes multorum, & quidem probatissimorum authorum, Arabum, Graecorum, & Latinorum, unà cum ... Philippi Melanchthonis praemonitione ... : adiunctae sunt etiam, Turcaru[m] ... res gestae maximè memorabiles, à DCCCC annis ad nostra usuq[ue] tempora : haec omnia in unum uolumen redacta sunt, 1543, I. Oporinus, Basileae.
  • 1691-1698, Louis Marracci (quoique certains disent que ce fut de l'espagnol, non pas de l'arabe)[11]

Italien

  • L'Alcorano di Macometto : nel qual si contiene la dottrina, la vita, i costumi, et le leggi sue / tradotto nuovamente dall' Arabo in lingua Italiana., 1547, Venise.

Allemand

  • Alcoranus Mahometicus : das ist, der Türcken Alcoran, Religion und Aberglauben : auss welchem zu vernemen wann unnd woher ihr falscher Prophet Machomet seinen Ursprung oder Anfang genommen, mit was Gelegenheit derselb diss sein Fabelwerck, lächerliche und närrische Lehr gedichtet und erfunden ... / erstlich auss der arabischen in die italianische, jetzt aber inn die teutsche Sprach gebracht durch, 1616, S. Schweigger, Nuremberg.

Néerlandais

  • De Arabische Alkoran : door de Zarazijnsche en de Turcksche prophete Mahometh, in drie onderscheyden deelen begrepen: van der Turcken religie, ghelove, aelmoessen, vasten, ghebeden, bedevaert na Mecha, met t'samen sijn gods-diensten, ende ceremonien, wetten ende rechten / uyt de Arabische spraecke nu nieuwelijcks in Hooghduytsch ghetranslateert met t'samen een aenhanghende voorreden, door Salomon Swigger ... ende wederom uyt het Hooghduytsch in Nederlantsche spraecke ghestelt. 1641, anonyme, Hambourg.

Français

Anglais

Hébreu

  • Der Koran / aus dem Arabischen ins Hebräische übersetzt und erläutert von Herrmann Reckendorf., 1857 H. Reckendorf, Leipzig.

Impressions

La bataille de Talas en 751 aurait permis aux Arabes de découvrir des inventions chinoises, tels que le papier et la soie. Pourtant, les autorités régnant en terre d'islam ont attendu trois siècles avant d'introduire l'imprimerie, y voyant sans doute un danger pour leur domination. Ainsi, les Ottomans promulguent un édit contre l'imprimerie en 1757. Pour autant, même après l'introduction de l'imprimerie en pays musulmans, l'impression du Coran aurait longtemps été considérée comme impie. Ainsi, la première version imprimée du Coran date de 1787.

  • Alcoranus Arabice 1537, Venise, P. & A. Paganini, 464 p.
  • Al-Coranus, s., Lex islamitica Muhammedis, filii Abdallae pseudoprophetae / ad optimorum codicum fidem edita ex." 1694, Hambourg, H. Hinckelmann,
  • Koran, 1790, Saint-Pétersbourg, 477 p.
  • Corani textus arabicus : ad fidem librorum manuscriptorum et impressorum et ad praecipuorum interpretum lectiones et auctoritatem / recensuit indicesque triginta sectionum et suratarum addidit Gustavus Fluegel. 1834, Leipzig, G. L. Flügel.

Voir aussi

Voir sur Wikisource : le coran.

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Régis Blachère, Introduction au Coran, Maisonneuve et Larose, Paris
  • Régis Blachère, le coran, Que sais-je ? n° 1245
  • Mohammed Arkoun, Lectures du Coran, Maisonneuve et Larose, 1982
  • Asmaa Godin, Les sciences du Coran, Al-Qalam, 1992.
  • Abdallâh Shihâtah, Introduction aux sciences du Coran, islamophile.org.
  • Mohamed Talbi et Maurice Bucaille, Réflexions sur le coran, Seghers, 1989.
  • Muhammad Hamidullah avec la collaboration de M. Léturmy, le saint coran, 12e édition, 1986, Maison d'Ennour.
  • Maurice Bucaille, La Bible, le coran et la science : Les écritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes, Pocket, Seghers, 1976, coll. « Agora », 1998, 315 p. (ISBN 978-2-266-13103-2)
  • Youssef Seddik, Nous n'avons jamais lu le coran, éd. de l'Aube, La Tour d'Aigues, 2004 (ISBN 2752600267) [prés. en ligne]
  • Youssef Seddik, le coran, Autre lecture, autre traduction, éd. Barzakh/éd. de l'Aube, La Tour d'Aigues, 2006 (ISBN 2752602111) [prés. en ligne]
  • Les grands thèmes du Coran, Classement thématique établi par Jean-Luc Monneret, préface du Docteur Dalil Boubaker, Éditions Dervy (ISBN 978-2-84454-241-0), juin 2003.
  • Jacques Jomier, Les Grands Thèmes Du Coran, Ed. Le Centurion, parution 01/1978
  • Jacques Jomier, Dieu et l'homme dans le coran, L'aspect religieux de la nature humaine joint à l'obéissance au Prophète de l'islam, paru en février 1996, 248 pages, Collection « Patrimoines - Islam », Ed. du Cerf
  • L'histoire du Coran comme document écrit, DE PREMARE A.-L. (1), Affiliation de l'auteur : Université de Provence, Institut de recherche et d'études sur le monde arabe et musulman (CNRS), Aix-en-Provence, le coran et la Bible, 1998, no 115
  • Mystique et politique : le coran des islamistes, Commentaire coranique de Sayyid Qutb (1906-1966), Olivier Carré, paru en avril 2004, Collection « Patrimoines - Islam », Éditions le Cerf
  • Edouard-Marie Gallez, Le Messie et son prophète, Aux origines de l’Islam 2 tomes, Tome 1. De Qumran à Muhammad, Tome 2. Du Muhammad des Califes au Muhammad de l’histoire, Versailles, Éditions de Paris (un résumé sur le lien suivant : http://www.ict-toulouse.asso.fr/ble/site/659.html) cette publication a constitué la thèse de doctorat en théologie / histoire des religions qu’Edouard-Marie Gallez a soutenue à l’Université de Strasbourg II en 2004.
  • Une lecture juive du Coran de Hai Bar-Zeev, Ed.Berg, Parution : 02/09/2005, ISBN : 2911289811 résumé de l'ouvrage
  • Un verset manquant du Coran, Claude Gilliot, En hommage au Père Jomier, o.p. Études réunies et coordonnées par Marie-Thérèse Urvoy, paru en juin 2002, Collection « Patrimoines - Islam », Ed.du Cerf
  • le coran, la Bible et l'Orient ancien, Mondher Sfar, 1998, Paris, Éditions Sfar, 2e édition, 447 p critiques de l'ouvrage et[4]
  • le coran est-il authentique?, Mondher Sfar, Ed.Sfar, Diffusion Ed. du Cerf, 158 p., 2000
  • Geschichte des Qorans (Histoire du Coran), Theodor Nöldeke, 1860 [5]

Notes et références

  1. "le coran (Relié)" (ISBN 978-2843082870) "un livre datant du VIIe siècle, et qui contient pas moins de 114 chapitres et 6 219 versets" (tiré de la presentation de l'éditeur
  2. Histoire de la formation du Coran, Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg [1]
  3. Jalâl Ad-Dîn As-Suyûtî, La maîtrise des sciences du Coran / Al-Itqân fî `Ulûm Al-Qur'ân, chapitre 18. Conférer la version électronique disponible sur al-eman.com
  4. Jalâl Ad-Dîn As-Suyûtî, La maîtrise des sciences du Coran / Al-Itqân fî `Ulûm Al-Qur'ân, chapitre 16, mais aussi chapitres 2 à 8. Conférer la version électronique disponible sur al-eman.com
  5. Jalâl Ad-Dîn As-Suyûtî, La maîtrise des sciences du Coran / Al-Itqân fî `Ulûm Al-Qur'ân, chapitre 20. Conférer la version électronique disponible sur al-eman.com
  6. Histoire de la formation du Coran, Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg [2]
  7. le saint coran, Pr. Muhammed Hamidullah. Maison d'édition d'Ennour, 12e édition. (1986)
  8. Le dilemme de l’approche littéraire du Coran, Nasr Hâmid Abû Zayd., [3]
  9. abc Encyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger (ISBN 2253131113)
  10. Truthnet.org
  11. Malachi York, « According to... ». Consulté le 18 janvier 2007

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